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Rompre avec le Pacte national, c’est ouvrir la voie à une recrudescence de l’insécurité et compromettre les acquis du processus électoral

  • Photo du rédacteur: Amitié FM
    Amitié FM
  • il y a 8 heures
  • 2 min de lecture

L’histoire politique d’Haïti est jalonnée de ruptures institutionnelles, de crises de gouvernance et de cycles de violence qui ont profondément fragilisé l’État. À plusieurs reprises, les rivalités politiques, l’absence de compromis et le recours à la confrontation ont eu pour conséquence l’effondrement des institutions, l’aggravation de l’insécurité et le recul du développement.

 

À cette réalité s’ajoute une crise persistante de confiance entre les citoyens, les institutions publiques et la classe politique. Les transitions successives, les élections contestées et les accords demeurés sans lendemain ont nourri un profond scepticisme au sein de la population. Dans un tel contexte, la stabilité ne peut être préservée qu’au prix d’un dialogue permanent, d’engagements politiques sincères et du respect de la parole donnée.

 

C’est effectivement dans cette logique qu’a été signé le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections. Cet accord, qui constitue un compromis entre des acteurs politiques,  représente une feuille de route destinée à restaurer progressivement la sécurité, à consolider les institutions et à créer les conditions d’élections crédibles, inclusives et démocratiques.

 

Rompre prématurément avec ce Pacte reviendrait à fragiliser les efforts déjà consentis pour sortir le pays de l’impasse. Une telle rupture risquerait de favoriser une recrudescence de l’insécurité, de raviver les tensions politiques et de compromettre les progrès enregistrés dans la préparation du processus électoral. Or, les avancées observées sur le plan sécuritaire demeurent encore fragiles ; elles doivent être consolidées plutôt que sacrifiées sur l’autel de calculs politiques conjoncturels.

 

Dans toute démocratie, l’opposition a pleinement le droit de manifester son désaccord, de critiquer l’action gouvernementale et de proposer des alternatives. Ce pluralisme constitue l’essence même du jeu démocratique. Toutefois, l’exercice de cette liberté ne devrait pas conduire à remettre en cause un accord politique dont l’objectif premier est précisément de conduire le pays vers des élections démocratiques et de mettre fin à une transition prolongée.

 

L’heure n’est ni aux ruptures irréfléchies ni aux démonstrations de force. Elle est à la responsabilité, à la concertation et à la recherche du consensus. Haïti ne peut plus supporter une nouvelle crise politique venant s’ajouter à la crise sécuritaire et sociale qu’elle traverse déjà.

 

Nous avons, certes, besoin de la coopération internationale pour accompagner nos efforts de stabilisation et de développement. Mais nous ne pouvons donner l’impression d’un pays condamné à solliciter, à chaque crise, l’intervention de partenaires étrangers pour rétablir le dialogue entre ses propres filles et fils. Une telle perception affaiblit davantage notre crédibilité internationale et porte atteinte à la dignité de notre souveraineté.

 

La récente qualification historique de la sélection nationale à la Coupe du monde, après cinquante-deux ans d’absence, nous rappelle qu’Haïti n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle parle d’une seule voix. Durant quelques jours, notre drapeau a flotté avec fierté sur la scène mondiale, témoignant que notre peuple est encore capable de susciter l’admiration, le respect et l’espérance lorsqu’il choisit l’unité plutôt que la division.

 

Il est temps que les acteurs de la classe politique haïtienne agissent en véritables femmes et hommes responsables, faisant prévaloir l’intérêt collectif sur les intérêts particuliers. Puisse cette transition, présidée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, être la dernière de notre histoire récente et conduire enfin Haïti vers une stabilité institutionnelle durable.

 

Lauture Jacques

Sociologue | Diplomate.


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