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La célébration du 18 mai 2026 : la réhabilitation d’une fête nationale longtemps dénaturée

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    Amitié FM
  • il y a 9 heures
  • 2 min de lecture

*Par Lauture Jacques.-*


Dans toutes les sociétés humaines, les fêtes historiques constituent bien plus que de simples moments de réjouissance collective. Elles représentent des espaces symboliques où une communauté se raconte à elle-même, réactive sa mémoire et consolide les fondements de son identité. De la célébration du 14 juillet en France au 4 juillet aux États-Unis, en passant par les commémorations des indépendances en Afrique et en Amérique latine, les nations utilisent ces rites civiques comme des mécanismes de cohésion sociale et de transmission mémorielle. La sociologie politique et l’anthropologie des symboles nous enseignent que les cérémonies nationales participent à la sacralisation du lien collectif, en transformant l’histoire en conscience commune.


Le 18 mai, l’une des fêtes historiques d’Haïti, occupe une place singulière dans l’imaginaire national. Né à l’Arcahaie en 1803, le drapeau haïtien demeure le symbole matériel le plus puissant de l’unité nationale et du dépassement des fractures au service d’un idéal commun : la liberté. Pourtant, force est de constater qu’au cours de la dernière décennie, les fêtes nationales ont progressivement perdu leur densité symbolique, souvent broyées par les conflits politiques, la polarisation sociale et les crises sécuritaires. Trop souvent, les cérémonies patriotiques ont été réduites à des formalités protocolaires minimales, privées de souffle populaire et déconnectées de leur mission mémorielle.


C’est précisément pourquoi la célébration du 18 mai 2026 mérite une attention particulière. Si le bicolore haïtien a flotté avec fierté dans les différentes communautés diasporiques haïtiennes, témoignant du lien indéfectible entre Haïti et ses fils dispersés à travers le monde, sur le territoire national, la fête du drapeau a été célébrée avec un éclat remarquable, transcendant, dans une certaine mesure, les tensions sociales persistantes.


La cérémonie officielle organisée au Palais national ne saurait être réduite à un simple fait divers institutionnel. Le programme, dense et soigneusement élaboré, a donné à voir une mise en scène patriotique digne d’intérêt : un décor frappant, la participation des troupes théâtrales, les parades d’écoliers ainsi que la présence ordonnée des agents des forces de l’ordre ont contribué à restaurer le caractère solennel de cette journée. Le protocole, dans l’ensemble, a été respecté avec rigueur. Certes, tout n’a pas été parfait ; toutefois, il serait intellectuellement malhonnête de nier les améliorations notables enregistrées cette année.


L’un des moments les plus chargés de sens fut sans doute cette transmission mémorielle opérée à la veille de la participation historique de la sélection haïtienne à la Coupe du monde 2026, après cinquante-deux années d’absence. Le geste du Premier ministre, M. Alix Didier Fils-Aimé, remettant le bicolore à Mario Léandre, gloire du football haïtien de 1974, avant que celui-ci ne passe symboliquement le témoin à Woodensky Pierre, joueur de la sélection de 2026, fut un puissant acte de continuité générationnelle et de réactivation de la mémoire nationale.


À présent, il importe de capitaliser sur cette dynamique. La réhabilitation des fêtes nationales ne doit pas demeurer un événement circonstanciel, mais devenir une politique culturelle et civique durable. Déjà, il conviendrait de commencer à travailler avec méthode et ambition à la préparation du 18 novembre 2026, afin que la commémoration de la Bataille de Vertières s’inscrive, elle aussi, dans cette indispensable reconquête du sens national.


Lauture Jacques

Sociologue/Diplomate

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