L’ultime responsabilité de la transition
- Amitié FM

- il y a 17 heures
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À l’approche du 7 février 2026, date butoir de la transition politique fixée par l’accord du 3 avril, Haïti se retrouve à un moment de vérité. Cette échéance ne saurait être perçue comme une simple date administrative, encore moins comme un délai négociable. Elle constitue une frontière politique et morale au-delà de laquelle toute prolongation improvisée de la transition risquerait d’entraîner le pays dans une crise encore plus profonde. Les acteurs politiques n’ont désormais plus le luxe de l’hésitation, des calculs partisans ou des arrangements de circonstance. Ils portent une responsabilité historique : celle de dégager, sans délai, une issue concertée et crédible.
Le bilan de la transition est, à ce stade, difficilement contestable. Les engagements structurants qui justifiaient sa mise en place n’ont pas été tenus. Aucun référendum constitutionnel n’a été organisé. Aucun rétablissement effectif de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire n’a été réalisé. L’insécurité demeure endémique, paralysant la vie économique et sociale, tandis que le processus électoral reste enlisé dans l’indécision et l’absence de conditions minimales. Cette accumulation d’échecs n’est pas anodine : elle a contribué à approfondir la défiance d’une population déjà éprouvée par des années de gouvernance précaire et d’instabilité chronique.
Or, une transition n’a de sens que si elle est orientée vers un objectif clair : le retour à la légitimité démocratique. Lorsqu’elle devient une fin en soi, elle perd toute justification politique. En Haïti, le risque est aujourd’hui manifeste de voir la transition se transformer en un nouveau cycle d’exception normalisée, où l’urgence sert de prétexte permanent à l’absence de résultats. Une telle dérive serait lourde de conséquences, car elle consacrerait l’idée selon laquelle le pays est condamné à fonctionner en dehors des règles démocratiques.
La responsabilité des acteurs politiques est donc double. Elle est d’abord morale : ils doivent mesurer l’ampleur de la fatigue sociale et du désespoir citoyen. Le peuple haïtien a payé un prix exorbitant à l’instabilité, à la violence et à l’impunité. Il ne peut être une fois de plus sacrifié sur l’autel de l’incapacité des élites à s’entendre. Cette responsabilité est aussi politique : il leur revient de créer, sans faux-semblants, les conditions minimales d’un processus électoral crédible, sécurisé et inclusif.
Renouer avec la normalité démocratique n’est pas un slogan, mais une exigence. Cela suppose des choix clairs, des décisions courageuses et un calendrier réaliste, mais contraignant. Les élections ne peuvent être indéfiniment reportées sans miner davantage la légitimité de l’État. Elles demeurent la seule voie permettant au peuple haïtien de choisir librement ses dirigeants et de restaurer, même progressivement, la confiance institutionnelle.
Le 7 février 2026 ne doit pas devenir une nouvelle occasion manquée. Il doit marquer la fin d’une transition prolongée et le début d’un retour, certes fragile mais nécessaire, à l’ordre démocratique. L’histoire jugera sévèrement celles et ceux qui auront préféré l’immobilisme à la responsabilité. Haïti, aujourd’hui plus que jamais, a besoin de courage politique et de lucidité collective.
F.L.





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