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Haïti face au défi du financement des PME : les leçons de l’expérience mexicaine

Photo du rédacteur: Amitié FM
Amitié FM
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Face aux difficultés d’accès au crédit des petites et moyennes entreprises (PME), Haïti pourrait s’inspirer de l’expérience du Mexique des années 1980 pour mieux orienter les ressources du système bancaire vers les activités productives. Alors que les banques haïtiennes disposent de liquidités, de nombreuses entreprises peinent à obtenir des financements pour développer leurs activités. Une partie des ressources bancaires est placée dans des instruments financiers de la Banque de la République d’Haïti (BRH), notamment les bons de la banque centrale, plutôt que d’être investie dans les secteurs créateurs d’emplois.

 

Cette situation pose la question de la mobilisation de l’épargne bancaire au profit de l’économie nationale. Une analyse publiée le 3 novembre 2026 propose de tirer des enseignements de l’expérience mexicaine entre 1985 et 1990, période durant laquelle le pays avait adopté une politique de crédit dirigé appelée « cajones selectivos ». Confronté à une grave crise économique, le Mexique avait alors obligé les banques à consacrer une partie de leurs portefeuilles au financement de secteurs prioritaires, notamment l’agriculture, la petite industrie, le logement social et les exportations.

 

Cette politique reposait également sur des mécanismes publics de refinancement et de garantie. Des institutions comme Nacional Financiera (NAFIN) et FIRA facilitaient l’accès des PME industrielles et des entreprises agricoles au crédit, en réduisant son coût et en partageant une partie des risques avec les banques commerciales. Si les quotas obligatoires et les taux administrés ont progressivement été abandonnés entre 1988 et 1991 en raison de leurs limites, les mécanismes de refinancement et de garantie ont, eux, été maintenus.

 

Un modèle à adapter aux réalités haïtiennes

 

Pour Haïti, il ne s’agirait pas de reproduire intégralement ce modèle, mais de l’adapter aux réalités nationales. La réticence des banques à financer les PME s’explique notamment par l’insécurité, le manque de comptabilité fiable dans certaines entreprises, les difficultés à réaliser les garanties en justice et le coût élevé de l’analyse des dossiers. À cela s’ajoutent l’attractivité des placements à la BRH et la dollarisation du système bancaire, alors que de nombreuses PME réalisent leurs revenus en gourdes.

 

Dans ces conditions, l’imposition de quotas obligatoires pourrait favoriser le reclassement artificiel de crédits existants ou l’octroi de prêts insuffisamment évalués, susceptibles de devenir des créances douteuses. L’analyse privilégie plutôt un mécanisme incitatif destiné à encourager les banques à financer les petites entreprises. Parmi les mesures proposées figurent l’allègement des réserves obligatoires pour les établissements qui accordent de nouveaux crédits aux PME éligibles, ainsi que la création d’un guichet de refinancement à taux réduit auprès de la BRH.

 

La mise en place d’un fonds de garantie partielle couvrant entre 50 % et 70 % des pertes éventuelles sur les prêts concernés constitue également l’un des principaux instruments envisagés. Le dispositif ciblerait notamment l’agriculture, l’agro-transformation, la petite industrie, l’énergie solaire décentralisée, le tourisme local et les entreprises exportatrices. Les institutions de microfinance et les coopératives pourraient également bénéficier indirectement de ces mécanismes afin de faciliter le financement des petites structures, particulièrement en dehors de Port-au-Prince.

 

Des garanties pour favoriser le crédit aux PME

 

La réussite d’une telle initiative nécessiterait des mécanismes de contrôle rigoureux. L’analyse recommande notamment la création d’un registre des garanties mobilières, le renforcement des systèmes d’information sur le crédit et la vérification régulière des nouveaux prêts accordés. Le dispositif devrait être limité à une période initiale de trois à cinq ans, avec des évaluations publiques avant toute reconduction. La réduction du coût du crédit devrait reposer sur le refinancement et le partage des risques plutôt que sur l’imposition de plafonds de taux d’intérêt.

 

Pour lancer cette initiative, un projet pilote impliquant trois ou quatre banques volontaires pourrait être expérimenté dans deux secteurs prioritaires, notamment l’agro-transformation et l’énergie solaire. La BRH, le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) et le Fonds de développement industriel (FDI) pourraient assurer son encadrement. Le volume des crédits accordés aux PME, le nombre de nouveaux emprunteurs, le taux de défaut et la proportion des financements octroyés en dehors de Port-au-Prince permettraient d'évaluer les résultats du dispositif.

 

En définitive, l’expérience mexicaine montre que le financement des PME ne repose pas nécessairement sur l’obligation faite aux banques de prêter, mais sur la mise en place de conditions permettant de réduire les risques et les coûts du crédit. Pour Haïti, l’enjeu est de mieux orienter les ressources disponibles dans le système bancaire vers les investissements productifs, afin de soutenir l’entrepreneuriat, stimuler la création d’emplois et contribuer au développement économique du pays.

 

Valéry Félix

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