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Hôtel Oloffson en cendres, le Ministère de la Culture dans le silence assourdissant

Photo du rédacteur: Amitié FM
Amitié FM
8 juil. 2025
2 min de lecture

L'image est insoutenable. Les colonnades de bois finement ciselées, les volutes caractéristiques du style "pain d'épice", les vérandas ombragées qui ont abrité tant d'histoires et de rêves... réduites en un tas de cendres noires et fumantes.


L'incendie criminel qui a ravagé l'Hôtel Oloffson n'est pas seulement la destruction d'un bâtiment. C'est un attentat contre la mémoire collective d'Haïti, une amputation violente de son âme culturelle.


Et face à ce désastre, le silence du Ministère de la Culture résonne comme une trahison.


L'Oloffson n'était pas qu'un hôtel. C'était un palimpseste vivant de l'histoire haïtienne. Résidence présidentielle, hôpital militaire sous l'occupation américaine, puis écrin d'une effervescence culturelle unique.


Entre ses murs, l'esprit d'Haïti respirait.


Graham Greene y a puisé l'inspiration des Comédiens, donnant au monde une vision littéraire inoubliable de l'île.


Des générations d'artistes, d'écrivains, de musiciens comme le légendaire groupe RAM de Richard A. Morse, y ont trouvé refuge, inspiration et une scène pour la résistance par l'art.


Il a tenu debout face aux dictatures, aux soulèvements, au terrible séisme de 2010.


Son effondrement final sous les flammes allumées par les gangs est le symbole le plus criant de l'effondrement de l'État.


Où est donc la voix censée défendre ce patrimoine ? Où est le Ministère de la Culture dans cette heure tragique ?

Son mutisme face à l'anéantissement de ce joyau est plus qu'une négligence ; c'est un abandon de mission.


Ce silence dit, plus fort que tout discours, que la sauvegarde du patrimoine national n'est plus une priorité, ou pire, n'est plus considérée comme possible.


Il entérine l'idée que les gangs peuvent impunément s'attaquer non seulement à la vie des Haïtiens, mais aussi à leur histoire et à leur identité même.


Laisser brûler sans une note, c'est capituler face à ceux qui veulent réduire Haïti à un champ de ruines et d'oubli.


Le Ministère de la Culture a-t-il encore un rôle ? A-t-il encore une voix ? Ce silence assourdissant envoie un message désastreux : que la culture, l'histoire, la beauté qui définissent une nation, sont désormais jetables, sacrifiables sur l'autel du chaos.


La perte de l'Oloffson est irréparable. Mais l'indifférence officielle qui l'entoure est une seconde catastrophe, une blessure infligée à la conscience nationale.


Le Ministère de la Culture doit rompre ce silence complice. Sinon, qu'il assume de disparaître lui aussi dans la fumée de l'impuissance et de l'indifférence, aux côtés des poutres calcinées de notre mémoire collective.

Fritz Laventure

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